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Zéro carbone, pistes multiples

18e forum romand de l’AEnEC à Genève ce jeudi 14 novembre, dans les beaux espaces de la Maison de la Paix. L’énergie et le CO₂ encore une fois au cœur de débats passionnants, tenus avec une large vue sur les trains qui passent. Comme un clin d’œil au thème de cette journée : la neutralité carbone est-elle atteignable et comment ?

La neutralité carbone a été en tous les cas garantie pour le forum 2019 lui-même, grâce aux excédents d’économies acquis auprès de la Migros. Zéro carbone mais affluence record, 140 représentants d’entreprises et d’administrations, ingénieurs et autres professionnels de l’énergie sont venus remplir l’un des auditoires la Maison de la Paix de Genève. Dans son introduction, Jacqueline Jakob, directrice de l’AEnEC, passée par la diplomatie, a tenu à souligner, gravement, le caractère symbolique du lieu : « La crise climatique à laquelle nous devons apporter des réponses a aussi des enjeux sécuritaires ». Manière d’insister sur la responsabilité incombant à tout un chacun dans le contexte actuel, et à laquelle le Conseiller aux Etats genevois Robert Cramer, dans la foulée, a encore donné davantage de poids. En substance : « Ça va très mal ! », a-t-il martelé. Un diagnostic que l’on peut partager en vision globale, avec quelques nuances peut-être s’agissant de ce qui se passe dans la « petite Suisse », à laquelle se limitait le forum ?

 

 

Loi sur le CO2, nouvelle donne, statu quo ?

La Suisse est en pleine révision de sa loi sur le CO2, et après le refus par le Conseil national du projet du Conseil fédéral, le Conseil des Etats s’est attelé à une nouvelle proposition. Robert Cramer a esquissé quelques aspects de ce nouveau texte de 70 pages, avec des propositions ambitieuses pour respecter les engagements de l’accord de Paris sur le climat. Ce texte étend les contraintes bien au-delà des 20 % de contribution de l’économie aux émissions de CO2 et vise les bâtiments, les transports, et donc ultimement tout un chacun. Il devrait être définitivement compris que la lutte climatique est un défi collectif, aucun des acteurs ne pouvant seul faire évoluer les choses dans le bon sens, notoirement l’économie dont on se méprend souvent sur la part effective.

Jacqueline Jakob l’avait rappelé en préambule au forum alémanique de l’AEnEC le 5 novembre dernier à Berne : « Les entreprises connaissent déjà les attentes à leur sujet, elles veulent simplement pouvoir planifier leurs actions dans des conditions cadres claires ». L’atelier mené l’après midi par Paule Anderegg, de l’OFEV et Simone von Felten de l’OFEN a décliné trois scénarios législatifs possibles dans l’immédiat : nouvelle loi, période de transition ou statu quo. S’adapter est néanmoins dans l’ADN des entreprises et pour nombre d’entre elles, c’est le cas aussi au plan de l’efficacité énergétique. Les 4000 entreprises participant à l’AEnEC, représentant 50 % des émissions de l’industrie suisse, ont ainsi déjà réduit significativement leurs émissions de CO₂ en associant volonté, ingéniosité et innovations techniques. Grâce aux mesures mises en œuvre depuis 2001, cette réduction est actuellement de 2.3 millions de tonnes annuellement, soit une diminution de 30 % collectivement. Et ce chiffre s’accroît chaque année de l’effet de nouvelles mesures.

 

Le CO2 côté action …

Deux participants AEnEC étaient ainsi conviés à faire état de leurs actions. Jacques Esseiva, ingénieur chimiste au bénéfice notamment d’un master en développement durable dans l’environnement bâti, est l’actuel directeur technique de swisspor Romandie SA, à Châtel-St-Denis (FR), fabricant d’isolants en polystyrène expansé. Il a livré un inventaire captivant des solutions appliquées dans les deux usines du site, celle – en bois local ! – construite en 2010 et une seconde, édifiée en 2016. Leur isolation est exemplaire – « C’est la vocation de notre entreprise ! » -, la récupération de chaleur y est poussée, permettant même le chauffage de villas voisines, les machines sont systématiquement transformées pour des performances optimales, le gaz naturel utilisé est certifié neutre en CO2, etc. L’entreprise est ainsi sur la voie d’une neutralité CO2.

Même objectif pour le campus de l’EPFL, où Philippe Vollichard, ingénieur forestier EPFZ passé de la promotion du bois suisse à la charge du développement durable à l’EPFL, coordonne toutes les initiatives susceptibles d’en améliorer les bilans au plan économique, environnemental et social, en agissant autant sur les infrastructures que sur le fonctionnement propre à une université. Tout en déclinant lui aussi un bel éventail de mesures de « réduction – adaptation – compensation » touchant à l’énergie, à la mobilité, à l’alimentation, etc., Philippe Vollichard insiste sur un point : « Il nous faut accélérer encore nos actions, plus on attend plus ça coûte ! ».

 

Partager, partager, partager !

Que ce soit l’AEnEC avec le bilan collectif de ses entreprises participantes, ou celles-ci avec leurs résultats individuels, leurs « recettes » spécifiques, « il est important aujourd’hui de partager, communiquer largement les progrès, les actions dont ils résultent », avait insisté Jacqueline Jakob lors du forum alémanique de l’Agence. Elle a précisé à Genève : « Je constate un manque certain d’information, aussi je compte sur vous, entreprises, modérateurs, pour être des ambassadeurs de ce travail collectif mené avec l’appui de l’AEnEC ». Robert Cramer a lui aussi incité à une forme de partage, en invitant les entreprises à « interagir avec des forces vives dans le contexte actuel ». Jacqueline Jakob veut imaginer la Suisse « comme un laboratoire montrant au monde entier ce qui est possible en matière de protection du climat ». Rendre visibles au plus grand nombre les efforts en cours, les solutions appliquées, les innovations constantes mises en œuvre dans le secteur industriel et économique seront indéniablement une des composantes nécessaires pour l’acceptation large des mesures prônées par la nouvelle loi sur le CO2 en préparation. Patrick Hofstetter, du WWF, n’avait pas dit autre chose lors du forum de Berne. « L’efficacité de l’économie sera un facteur important pour que l’objectif zéro carbone puisse être fixé pour tout le monde, et accepté ».

Comme de coutume, le 18e forum romand de l’AEnEC a proposé des ateliers où s’informer des derniers progrès techniques pour améliorer toujours plus avant le bilan énergétique et carbone de son entreprise – photovoltaïque et moteurs électriques étaient au menu – complétant l’exposé du matin sur les potentiels cachés d’économie, par Richard Phillips, chef de section « Industrie et des services » au sein de la « Division Efficacité énergétique et énergies renouvelables » de l’OFEN. Autre moment très pratique, la visite de GeniLac, aux dimensions de première mondiale s’agissant d’utiliser l’eau d’un lac – le Léman bien évidemment – pour rafraîchir et chauffer une ville grâce à de judicieux échange thermiques – refroidir par exemple, à bas coût énergétique, ces « data centers » qui seront un enjeu, toujours davantage, de la transition énergétique.

 

Bel exemple d’économie circulaire en conclusion

Comme de coutume encore, et en restant dans le monde aquatique mais sous un jour moins favorable, le forum s’est conclu avec la présentation par Camille Rollin de la Fondation Race for water au sein de laquelle elle conduit le projet Plastic Waste to Energy. Celui-ci vise à empêcher, à terre, par de multiples projets, le déversement dans les océans de ces plastiques que nous produisons par centaines de millions de tonnes annuellement. Principe de base : donner une valeur aux déchets plastiques, en faire une ressource incitant à la récolter activement. La toxicité de nombreux plastiques interdit leur recyclage et mène à leur dépôt, leur enfouissement ou leur incinération. 5 à 10 % finiront dans les mers. Une voie pour valoriser positivement ces déchets et rémunérer leur collecte est de les utiliser pour la production d’électricité via le gaz obtenu par la pyrolyse de broyat de plastiques. Camille Rollin a ainsi présenté une installation de pyrolyse transformée avec succès pour cet usage, qui n’attend que des financements pour être déployée multiplement autour du monde et apporter à des lieux défavorisés de diverses manières, encombrés par les déchets de la modernité, à la fois un environnement moins pollué et une source d’énergie propre.

Dit brièvement, si le « Ça va très mal ! » de Robert Cramer avait d’emblée secoué le forum, celui-ci n’a pas laissé ses participants repartir avec cette seule idée, mais plutôt avec celle-ci, « chacun sa part », avec conviction, détermination, ingéniosité. Avec aussi le « partager, communiquer largement » de Jacqueline Jakob…

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