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Urgence climatique : inquiétude globale, action locale

Le chaud et le froid ont soufflé – productivement - sur le 14e forum de l'AEnEC quand se sont succédés à la tribune Jacques Mirenowicz, rédacteur en chef de la Revue Durable, s'interrogeant sur l'incapacité de beaucoup à saisir l'urgence absolue d'une transition énergétique, et Julien Hoefliger, ex-directeur de la Saline de Bex, où il a développé une gestion durable qui a valeur de modèle.

Julien Hoefliger évoque avec plaisir ses cinq années de développement durable à la Saline de Bex

Jacques Mirenowicz s'est inquiété de la lenteur de la réaction collective au réchauffement

Faire souffler le chaud et le froid, le forum de l’AEnEC s’y est essayé avec Jacques Mirenowicz – qui a soufflé le froid quand bien même c’est du réchauffement climatique qu’il a traité – et Julien Hoefliger, dont le travail certifié de développement durable à la tête de la Saline de Bex,  désormais autonome pour son énergie, peut réchauffer les espoirs s’agissant de la transition énergétique.

C’est même très froidement que Jacques Mirenowicz a débuté son exposé : en évoquant un crime particulièrement sordide survenu une nuit de 1964 à Brooklyn, avec pas moins de 37 témoins identifiés dont aucun n’est intervenu malgré les cris de la victime – une femme – et, pire, n’a prévenu la police immédiatement, ce qui a laissé le temps au meurtrier d’achever son œuvre. Ce fait divers est devenu l’exemple princeps de ce qu’on appelle l’ « effet spectateur » – ou « effet du témoin » : devant un événement dramatique, les témoins attendent chacun qu’un autre intervienne, un attentisme qui renforce la passivité générale.

Jacques Mirenowicz, titulaire d’un doctorat en neurosciences, est familier de ces travers comportementaux dont il s’inquiète aujourd’hui de les retrouver dans notre manière d’affronter le réchauffement climatique : nombreux sont ceux qui regardent en attendant que d’autres agissent… « Alors que le temps nous est compté », rappelle Jacques Mirenowicz en soulignant l’étrangeté de cette situation : pourquoi n’émerge-t-il pas de vraie réaction en dépit d’effets météorologiques du réchauffement déjà avérés, d’explications scientifiques convaincantes – et ce de longue date – et d’une communication abondante sur ce thème ? Au contraire, on a observé jusqu’à présent surtout un alignement des comportements des uns sur celui des autres – qu’il s’agisse d’individus ou de nations – dans le sens d’objectifs à la baisse. La conférence de Paris sur le climat en décembre 2015 ne déroge pas : la somme des ambitions annoncées n’est pas à la hauteur de l’objectif – un réchauffement tenu à 2°C – lui-même déjà peu ambitieux.

« Le changement climatique nous met à très rude épreuve », concède toutefois avec un brin d’indulgence Jacques Mirenowicz, en expliquant que notre fonctionnement cérébral a hérité de contraintes lointaines – à commencer par une emprise de l’émotionnel sur le rationnel. Jacques Mirenowicz considère, au-delà, des mécanismes spécifiques à notre déni face à la question climatique. Le réchauffement est un processus peu intense, dont les effets les plus brutaux ne se feront sentir que dans le futur, or nous sommes surtout enclins à réagir à des faits violents, révoltants, dégoûtants… De même, nous sommes plus prompts à nous inquiéter de pertes immédiates qu’à considérer des gains à moyen ou long terme. Et aussi, tant la confusion introduite et entretenue par le climato-scepticisme que l’absence de réactions officielles à la juste mesure du problème finit par rassurer, en un certain sens, nous ramenant à un « effet spectateur ».

Spécificité suisse, le sentiment d’être premier de classe peut laisser croire un peu d’utilité dans l’immédiat de cadres légaux et d’efforts – dans l’attente là encore des efforts des autres ! Or un Helvète produit encore plus de deux fois la quantité de CO2 qui assurerait la soutenabilité. « Mais se rapprocher de celle-ci n’implique pas seulement des solutions techniques mais aussi des changements profonds dans nos modes de vie, ce qui incite à favoriser toutes les échappatoires ».

Enfin, le réchauffement climatique est une cause qui a été associée aux valeurs de gauche et anti-industrielle, ce qui constitue un frein puissant chez beaucoup. « Mais l’AEnEC est l’expression inverse de cette stigmatisation », a salué Jacques Mirenowicz – qui s’est par ailleurs réjoui de sa participation à ce forum AEnEC dont il a retiré beaucoup d’informations.

Dont celles détaillées par Julien Hoefliger, qui a dirigé la Saline de Bex de 2010 à 2015. Sur un terrain propice, Julien Hoefliger a pu « mettre en actes sa certitude que l’activité humaine est responsable des changements climatiques ». Et en tant que chef d’entreprise, il a pu transmettre une culture du développement durable – aujourd’hui multiplement certifiée – à un personnel vite motivé et, au-delà, aux partenaires et à la clientèle de la Saline (l’AEnEC a produit en 2015 une fiche « Dans les faits » qui retrace l’histoire demi-millénaire de la Saline, sa quête continue d’énergie puis d’efficacité énergétique passée par le bois, le charbon, la force hydraulique, la vapeur, le mazout, l’hydroélectricité…).

Dans sa conclusion, Julien Hoefliger a livré quelques recommandations  issues de son expérience de cinq années : mobiliser l’ensemble des collaborateurs au côté de la direction est incontournable, de même que nommer un véritable responsable « énergie & environnement » soutenu par une équipe représentant les différents secteurs de l’entreprise. Et il faut s’entourer des bons professionnels pour le conseil technique et financier – subsides… -, la conception, l’installation et la mise en fonction des équipements. Ce conseil enfin : parler autour de soi de ses engagements dans le sens de la durabilité : « le développement durable est une démarche de bon sens, que de nombreuses entreprises suivent déjà, parfois sans le savoir, il est donc bon de communiquer pour renforcer cet élan et aussi y entraîner d’autres entreprises ».

 

Biographie

Jacques Mirenowicz

Jacques Mirenowicz est titulaire d’une maturité obtenue à Birmingham, a suivi une formation universitaire à Rennes et Paris et obtenu un doctorat en neurosciences à l’Université de Fribourg. Après avoir travaillé comme journaliste dans la presse romande et pour la revue Médecine et Hygiène, il a fondé en 2002 LaRevueDurable avec Susana Jourdan, revue qu’ils animent ensemble.

Julien Hoefliger

Julien Hoefliger a suivi une formation HEC à Lausanne et a dirigé la Saline de Bex de mai 2010 à septembre 2015. A ce titre, il siège également au Conseil de Fondation des Mines de Sel de Bex. Avant de rejoindre la société Bellerine, il a occupé diverses fonctions au sein de groupes internationaux en Suisse et à l’étranger durant 15 ans.