×

Faites le calcul.

Calculez les avantages d’une participation.

×

Votre interlocuteur aujourd’hui:
Jacqueline Jakob

Die EnAW kontaktieren (overlay) FR

Il vous suffit de nous passer un coup de fil : +41 32 933 88 55

Sending
20181106094644 Jacqueline Jakob Freigestellt

Perspectives de la mobilité urbaine, et ce que peuvent les entreprises

La question de la mobilité préoccupe grandement, avec la prépondérance de la voiture, l’emprise qu’elle impose sur les territoires, les nuisances, l’impact énergétique et climatique qu’elle entraîne. Des spécialistes étudient de meilleures options, et des entreprises passent à la pratique. Deux points de vue réunis en un seul atelier au cours de ce 16e Forum romand de l’AEnEC, avec le Prof. Yves Delacrétaz, HEIG – VD, et Yvan Rey, de BOBST SA à Mex (VD).

Monsieur Delacrétaz, vous vous penchez en chercheur sur la question, toujours plus aigüe actuellement, de la mobilité, et de son impact énergétique et climatique, qu’il nous faut réduire drastiquement. Nous n’en sommes qu’au début ?

Y.D. : Au début, en effet ! Les embouteillages, la pollution, les nuisances sonores nous le rappellent quotidiennement. La mobilité des personnes et des biens appelle une consommation énergétique très importante et qui, contrairement à d’autres postes, comme le chauffage des bâtiments ou l’alimentation d’une chaîne de production, n’a pas diminué depuis 1990, au contraire. C’est très inquiétant, d’autant que les leviers légaux pour agir sur la mobilité et sur son efficacité énergétique restent très diffus. Et les changements de comportement individuels sont difficiles à obtenir. Chacun admet aujourd’hui, en Suisse, qu’il faut trier ses déchets pour préserver l’environnement. Lâcher sa voiture, c’est plus compliqué…

 

Le Big Data est l’un des thèmes de ce 16e forum AEnEC. Sur la question de la mobilité, peut-on dire qu’il est une piste marginale ?

Y.D. : Non, c’est une piste importante et utile. Pour faire simple, je vais confier à un ordinateur le soin de me conseiller, au moment d’entreprendre un déplacement, sur le moyen de transport à utiliser. Ceci en fonction de paramètres que je choisis, tels que la rapidité, le confort ou l’impact environnemental. C’est un progrès très important parce que jusqu’ici nos choix restent le plus souvent dictés par la routine et l’habitude : j’ai ma voiture au garage, je la prends. Même si c’est l’heure de pointe et que probablement le transport public serait un choix plus rationnel. Pour que cela fonctionne, les pouvoirs publics ont le devoir de développer les infrastructures qui assureront une mobilité réellement durable, favorisant les transports en commun et la mobilité douce. Ils doivent aussi encourager de toute urgence, comme ça se trouve déjà dans quelques agglomérations, une offre de « bouquets », de « mix » de modes de transports qui soient pratiquement et financièrement attractifs, grâce auxquels les citoyens pourront associer plusieurs modes de transports afin parvenir à la solution la plus confortable, la plus efficace, la plus écologique… pour un déplacement. Notre espoir est que les nouvelles générations souhaitent acheter des services de mobilité, souples et performants, et renoncent à posséder leur propre automobile. Ceci étant dit, le Big Data pose en soi un problème énergétique considérable et croissant. Il ne faudrait pas que celui-ci vienne à annihiler les gains obtenus par ailleurs dans le domaine de la mobilité…

 

Contexte nouveau dans lequel les entreprises ont elles aussi un grand rôle à jouer ?

Y.D. : Oui, dans la mesure où une part majeure des déplacements sont liés à l’activité professionnelle. Les autorités sont aujourd’hui sensibles à cette question de la mobilité, on peut souligner ce fait que les cantons de Vaud et de Genève – qui ne sont pas les moins concernés par la surcharge routière – se sont associés en 2016 pour publier un guide à l’attention des entreprises, précisément, et des institutions, intitulé « Plans de mobilité ». Les multiples avantages d’une mobilité repensée pour diminuer la part – et l’empreinte – de l’automobile ont naturellement été soulignés : avantages économiques, si l’on considère notamment les coûts liés au stationnement et les indemnités kilométriques, avantages sociaux avec une amélioration de la qualité des trajets des collaborateurs, et avantages environnementaux, bien sûr, avec la réduction des rejets polluants, du bruit, des surfaces bétonnées… Plusieurs recherches menées notamment par l’Office fédéral de l’environnement ont montré qu’un plan de mobilité bien pensé peut convaincre une part significative – 8 à 30 % ! – des automobilistes à changer de mode de transport pour se rendre au travail.

 

Ce « plan de mobilité » s’est basé sur des expériences d’entreprises romandes avec de belles réussites en gestion cohérente et efficace de la mobilité. Monsieur Rey, l’entreprise BOBST SA, à Mex (VD), l’un des premiers fournisseurs mondiaux d’équipements et services pour les fabricants d’emballage et d’étiquettes, a de longue date abordé cette question de la mobilité très pragmatiquement ?

Y.R. : Oui, dès 1976, l’entreprise, alors qu’elle était encore implantée à Prilly (depuis 1938), a mis en place des navettes hors lignes des transports publics de la région lausannoise (TL), et organisé des transports depuis Ouchy pour ses employés frontaliers, tout en offrant sur le site de l’entreprise des facilités telles que restaurant, crèche et clubs de sport, des aménagements propres à réduire les déplacements. Dès 1977 toutefois, avec l’ouverture d’un second site à Mex, en milieu périurbain, un nouveau défi s’est peu à peu imposé. Les deux sites n’étaient distants que de 7 km mais l’acheminement de matériel et les déplacements du personnel, tributaires de la circulation urbaine, en sont arrivés à représenter annuellement 10’000 heures de présence sur route ! Cette charge à la fois pour l’entreprise et l’environnement est aujourd’hui révolue. La réunion de tout notre personnel vaudois – 1700 personnes – sur le seul site de Mex, aboutie en 2013, et la fermeture du site de Prilly ont mis une fin définitive à l’impact de ces 7 petits kilomètres.

 

Tout en donnant un élan supplémentaire aux initiatives pour une mobilité améliorée des collaborateurs ?

Y.R. : Oui, s’agissant de la mobilité de nos collaborateurs, collaboratrices et apprenti(e)s, le dispositif mis en place après le déménagement de Prilly à Mex comprenait quotidiennement 10 navettes gratuites de 50 places affrétées par CarPostal, de et vers Renens-Gare, ainsi que des dessertes pour Prilly, Morges, Cossonay, Cheseaux et Ouchy par des minibus de 14 places, gratuits également. Après une longue phase d’analyse et de négociation en partenariat avec les communes, le canton et les TL, un raccordement au réseau TL urbain (ligne 32) avec 33 courses quotidiennes a été mis en place depuis le 1er mai 2017. Bobst Mex SA participe au financement de cette ligne et un rabais initial de 32% sur l’abonnement Mobilis est accordé aux collaborateurs pour promouvoir la prolongation de cette ligne. En complément, nous avons organisé un système de covoiturage interne, intégré à la plateforme e-covoiturage, avec places de parking dédiées, tandis qu’un parc de voitures d’entreprise à étiquette énergétique A est à disposition pour les déplacements professionnels. Je précise que notre personnel est régulièrement sensibilisé à cette question de la mobilité au travers de communications internes. D’ores et déjà, nous mesurons que les habitudes de mobilité évoluent. Le recours aux transports en communs a passé en peu d’années de 7 à 11%, le covoiturage a plus que doublé, à 9%, et l’usage de la voiture individuelle a baissé de pratiquement 10% – de 88 à 80%. De plus, sur 376 collaborateurs conducteurs ayant répondu à un sondage, 20 possèdent déjà un véhicule électrique ou hybride, 80 souhaitent en acquérir un dans les 2 ans et… 230 prévoient de le faire dans les 5 ans. Nous projetons donc évidemment de nous équiper de 5 bornes électriques en 2018 !

 

Monsieur Delacrétaz, les entreprises ne sont pas, encore une fois, la seule composante de notre société concernée par les problèmes de mobilité et leurs solutions, chacun a sa part. Ce guide lémanique que vous évoquiez, destiné aux entreprises, s’inscrit positivement dans une volonté plus large des autorités de combler les lacunes de la législation ?

Y.D. : Oui, pour ce qui concerne le canton de Vaud, tant la loi cantonale sur l’énergie (LVLEne) que la Conception cantonale de l’Energie (COCEN) sont peu diserts sur la mobilité. La recherche appliquée « MobEn » (« La Mobilité dans la politique de l’Energie ») que nous avons conduite à la Haute école d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD) sur mandat du canton au second semestre 2016 – juste après la publication de ce guide – visait à dresser un état des lieux des « bonnes pratiques » en mobilité mises en place dans différents cantons ainsi que dans les pays voisins. Cette étude nous a permis d’inventorier des mesures d’amélioration de l’efficacité énergétique des transports (au niveau des techniques et des usages, par les transferts modaux, les transferts de technologies, la prise en compte de l’énergie « grise », etc.), les mesures d’encouragements pour le recours aux énergies renouvelables dans les transports, ou encore la volonté de mobilité exemplaire affichée par des administrations ou communautés publiques ou privées.

 

Vous avez à la HEIG – VD un autre projet « mobilité », qui court depuis 2014, et qui est ouvert aux entreprises ?

Y.D. : Nous développons en effet une plateforme de collaboration autour de la thématique de la mobilité. Initialement, cette plateforme, baptisée Hub Mobilité, a été ouverte aux professeurs de la HEIG-VD ainsi que d’autres écoles d’ingénieurs pour fédérer les compétences de recherches dans les domaines des véhicules et de leur alimentation, des infrastructures de transport, de l’organisation et de la logistique, de la planification territoriale, du développement durable, du marketing et développement d’affaires. Mais nous souhaitons ouvrir le Hub Mobilité à des entreprises intéressées par la recherche dans tous ces domaines – à vrai dire, pratiquement chaque entreprise qui entre dans une réflexion sur la mobilité qu’elle génère aura une expérience, et des éléments de solution à partager !

 

Prof. Yves Delacrétaz

Yves Delacrétaz, ingénieur civil et docteur ès sciences techniques EPFL, a dirigé la division de planification de la Direction générale de la mobilité et des routes du canton de Vaud et a été le Directeur général de la mobilité du canton de Genève. Professeur de mobilité et transport à la Haute école d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD)/Haute école spécialisée de Suisse Occidentale (HES-SO) à Yverdon-les-Bains depuis 2012, il consacre ses recherches et son enseignement à la planification de la mobilité régionale et urbaine et à l’aménagement de l’espace public.

 

Yvan Rey

Yvan Rey est responsable du service « Sécurité, environnement, santé et social » chez Bobst SA à Mex (VD).

 

 

Restez informé.
Suivez-nous!

Pour en savoir plus

  • 16e forum romand de l’AEnEC : toute l’énergie d’entreprises et de professionnels dans l’action

    L’AEnEC a tenu ce mardi 14 novembre son 16e forum romand à Delémont, dans les salles lumineuses du Centre Saint-François. Cette manifestation annuelle a rassemblé une centaine de participants, représentants d'entreprises, d'administrations et de services, ainsi que des ingénieurs et techniciens qui ont pu une nouvelle fois s’informer et échanger autour de l'efficacité énergétique et de sa mise en œuvre, politique, administrative et pratique. Un forum cette année avec en filigrane le « Big Data »...

    Suite
  • Le « BIG DATA » au service de l’optimisation énergétique

    Le Big Data est désormais partout, qu’il s’agisse de la recherche sur le climat ou la santé, de la surveillance d’Etat, des traces personnelles que nous laissons sur Internet... Il s’impose aussi comme l’outil puissant d’un meilleur usage de l’énergie.

    Suite
  • Améliorer de front l’efficacité énergétique d’une entreprise et sa compétitivité

    Quand on dirige une entreprise identifiée comme un grand consommateur d'énergie et donc légalement soumise à des mesures d'efficacité, et que d'autre part on se retrouve confronté au franc fort alors que plus de 90% de sa production va à l'exportation, quelle urgence privilégier ? Aucune, ou plus justement les deux, répond Denys Kaba, co-directeur de Metalcolor à Forel (VD), entreprise dont la croissance est tout aussi régulière que ses progrès énergétiques.

    Suite
  • Forums AEnEC : énergétiquement neutres !

    Cette année, une fois encore, les Forums de l’AEnEC, à Berne côté alémanique et à Delémont côté romand, ont été organisés de manière énergétiquement neutre. Thomas Weisskopf, membre de la direction de l’AEnEC, explique dans cet entretien comment ce principe fonctionne et ce dont il est important de tenir compte.

    Suite
  • Galerie de photographies