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La législation environnementale, un stimulant de l’économie ?

Deux orateurs du 14e Forum se sont retrouvés autour des « hypothèses de Porter », à savoir que les législations environnementales, loin d'entraver les entreprises, peuvent les stimuler. Si les conclusions étaient en demi-teinte pour l'étude universitaire, achevée en 2013, elles étaient plus positive pour la situation actuelle d'une entreprise pharmaceutique fribourgeoise. Signe d'une évolution très rapide des mentalités ?

Matthieu Aubert présentant les résultats de son master réalisé à l'Université de Neuchâtel

Nicolas Tièche a témoigné d'un changement de culture dans son entreprise

Les théories économiques classiques postulent que les réglementations environnementales sont un frein à l’activité économique, à l’innovation et aux bénéfices. En 1991 toutefois, l’économiste Michael Porter s’en venait affirmer le contraire : une législation environnementale bien pensée, en remettant en question les modes de production et le produit lui-même, stimule l’innovation et peut ainsi apporter des bénéfices dépassant souvent les coûts engagés par l’entreprise pour se conformer à la réglementation.

Premier orateur, l’économiste Matthieu Aubert, membre de la direction de la Chambre neuchâteloise du Commerce et de l’Industrie a résumé les résultats de l’étude qu’il a conduite à l’Université de Neuchâtel, et publiée en 2013. « Cette étude visait à constater, au sein d’entreprises neuchâteloises,

l’impact de l’article sur les grands consommateurs appliqué dans le canton depuis 2006, et ce dans un contexte encore modifié depuis par l’ambitieuse stratégie 2050 ainsi que par la libéralisation du marché de l’énergie. Sur les 150 grands consommateurs neuchâtelois, 30 ont contribué à l’étude, dont 8 du secteur horloger, 9 ressortissant des services publics, et 7 du secteur pharmaceutique », a détaillé Matthieu Aubert.

Dans la droite ligne de Michael Porter, l’économiste neuchâtelois a postulé que l’article sur les grands consommateurs avait d’une part stimulé une prise de conscience écologique et d’autre part apporté un avantage compétitif aux entreprises et services. Mais aucune des deux hypothèses n’a été vérifiée. S’agissant de la première, « beaucoup d’entreprises ne connaissaient pas l’exigence légale ! Mais elles n’en avaient pas moins la volonté de faire mieux quant à leur impact environnemental, et au final, ont souvent dépassé leurs objectifs » – comme s’en félicite bien souvent l’AEnEC !

Quant à la seconde hypothèse, si l’on passe en revue les postes d’innovation  – produit, procédé, organisation, marketing -, Matthieu Aubert a certes observé des évolutions positives, mais elles ne sont pas globales et, surtout, il apparaît que chaque cas est particulier.

Et c’est avec ce préambule justement que « chaque entreprise est différente, avec ses propres contraintes » que l’ingénieur chimiste Nicolas Tièche est venu compléter l’étude neuchâteloise avec l’exemple de l’unité de production  pharmaceutique UCB Farchim SA à Bulle (FR), où il oeuvre depuis 2007 comme directeur d’opérations. Rappelant qu’UCB est une petite multinationale qui investit beaucoup – 28 % – dans la recherche et le développement, M. Tièche a souligné le contexte très réglementé pour l’industrie pharmaceutique, qui rend difficile l’innovation pour les produits, y compris au niveau des procédés. Certaines mesures concernant les impacts environnementaux n’en avaient pas moins été mises en place par le passé, mais il n’existait pas de stratégie définie.

Comment mettre une telle stratégie sur les rails ? Nicolas Tièche reconnaît que c’est le remboursement de la taxe CO2 qui a été le déclencheur de mesures d’efficacité, mais il précise tout aussitôt les économies apportées par ces mesures ont produit « un terreau fertile, où il a suffi de deux collaborateurs avec des convictions pour ouvrir la voie à des compétences spécifiques », sous la forme d’un « Monsieur Energie » en particulier.

Nicolas Tièche ne peut que se réjouir de la situation actuelle : «  On ne peut plus en 2015 ignorer les exigences de l’écologie, ce n’est plus un bruit de fond. Si au sein d’UCB Farchim SA l’initiative est venue d’en bas, désormais, c’est avec les encouragements de la maison-mère à Bruxelles que nous allons de l’avant, certes avec les contraintes d’une approche très structurée pour atteindre les objectifs, car nous ne pouvons investir de manière illimitée ». La production cependant en est déjà fondamentalement modifiée : « Les aspects de l’énergie et de l’impact environnemental font maintenant partie de la recherche et du développement menant à un produit ». Et Nicolas Tièche d’anticiper : « Demain, l’empreinte carbone sera mentionnée sur l’emballage des médicaments, permettra de calculer l’impact écologique d’un traitement et pourra ainsi faire la différence dans la compétition entre les produits ! ».

Dans sa conclusion, Nicolas Tièche concède que, des deux hypothèses de Porter, c’est partiellement que la première a été vérifiée chez UCB : la taxe CO2 a stimulé une prise de conscience financière avant qu’elle ne soit environnementale. Mais aucun doute quant à la seconde hypothèse : pleinement vérifiée ! Les investissements pour l’efficacité énergétique, compensés par le remboursement de la taxe CO2, ont permis des économies financières. La compétitivité de l’entreprise s’est accrue, de même que l’émulation chez ses collaborateurs, et elle attire aisément de nouveaux talents. Enfin, elle répond à une demande de la clientèle pour des produits de moindre impact environnemental.

Ultime commentaire de Nicolas Tièche sur le chemin parcouru : « Nous savons aujourd’hui que les freins aux mesures d’efficacité énergétique ne sont ni techniques ni financiers, puisque plus on fait plus on gagne. C’est une affaire de convictions ! »

On peut envisager que les conclusions contrastées entre l’étude de Matthieu Aubert et l’expérience de Nicolas Tièche soient l’effet d’un léger décalage dans le temps. Fort opportunément, le département de l’Université de Neuchâtel où Matthieu Aubert a conduit son étude en 2013 a décidé d’en lancer une seconde, à l’échelle romande cette fois.

 

Biographie

Matthieu Auber

Matthieu Aubert est diplômé en politique économique de l’Université de Neuchâtel. Il est collaborateur de la Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie depuis 2009, et membre de sa Direction depuis 2014, chargé de la coordination avec les acteurs politiques cantonaux. Ses dossiers de prédilection sont l’énergie, la formation, la conjoncture et la police du commerce.

Nicolas Tièche

Nicolas Tièche, après une formation de mécanicien-électricien à l’Ecole des métiers de Lausanne, l’a complétée par une formation d’ingénieur en chimie à l’Ecole d’ingénieurs de Fribourg. Avec 25 ans d’expérience dans diverses entreprises pharmaceutique, il est actuellement responsable du Technical Operations Support d’UCB Farchim, supervisant plusieurs départements.