×

Faites le calcul.

Calculez les avantages d’une participation.

×

Votre interlocuteur aujourd’hui:
Manuel Ziegler

Die EnAW kontaktieren (overlay) FR

Il vous suffit de nous passer un coup de fil : +41 32 933 88 55

Sending
20160613182557_manuel-ziegler

ROUAGES INSPIRÉS, ROUAGES INSPIRANTS

Toute montre mécanique est un agencement ingénieux, infiniment précis, pièces concourant à une efficacité élégante, et la gestion de l'énergie peut s'en inspirer. Illustration avec la Manufacture La Joux-Perret, PME dynamique de La Chaux-de-Fonds, haut-lieu séculaire de l'horlogerie.

L'essentiel en bref

  • Fondée dans les années 1980, la Manufacture La Joux-Perret à La Chaux-de-Fonds produit 2 à 3 millions de composants par an, pour ses marques affiliées et d’autres marques prestigieuses
  • La Manufacture participe à l’AEnEC depuis 2012, en appliquant un soin d’horloger à son énergie, avec d’excellents résultats
  • Les ateliers en unités concentriques conservent aisément la température nécessaire à la dextérité des opérateurs. Quant au refroidissement des machines et la climatisation, à 1000 m d’altitude, ils sont assurés par free-cooling, tout naturellement.
  • La consommation électrique des machines a été optimisée poste par poste : étagement des horaires de mise en route, répartition judicieuse entre phases, courants induits récupérés, nouveaux moteurs en courant continu, carénage des bains…

Des rouleaux de métaux bruts, point de départ de toutes les délicates subtilités et complexités d'une montre mécanique.

Entre La Chaux-de-Fonds et Le Locle, la zone d’activité économique voit se côtoyer les amples fabriques de plusieurs des plus grandes marques horlogères. La Manufacture La Joux-Perret, née dans les années 1980, y est pour sa part discrètement implantée dans un bâtiment sobre, qui renvoie à l’architecture industrielle épurée des années 60. Le premier regard est donc un peu éloigné des jeux d’image de Baselworld ou du Salon de la Haute Horlogerie de Genève, mais à l’intérieur… À l’intérieur, l’horlogerie vraie se déploie : ici une centaine de collaborateurs et collaboratrices conçoivent, développent, planifient, façonnent, assemblent, dans un labyrinthe vitré, semé d’éclairages spécifiques selon l‘activité. On songe à une ruche et à ses alvéoles, référence qui, disons-le, n’a rien de très original : les abeilles ont resurgi souvent pour évoquer l’histoire industrielle, industrieuse, de La Chaux-de-Fonds, dont les armoiries bourdonnent de sept abeilles affairées autour d’une ruche. « La Manufacture La Joux-Perret produit deux à trois millions de composants annuellement, indiquait en 2019 Florian Serex, son directeur d’alors. Ceux-ci se déclinent en pièces isolées fabriquées sur commande pour des marques prestigieuses ou montées en mouvements « nus » conçus dans nos bureaux techniques, ou encore, pour une part, assemblées en montres terminées pour les marques Arnold & Son et Angelus ».

 

UN VIVANT RÉSUMÉ D’HISTOIRE

Par ses relations d’affaires et son fonctionnement, la Manufacture peut servir fort bien un résumé d’histoire horlogère, internationale, locale – voire micro-locale – succinct. Derrière son activité au présent, des époques s’entremêlent. En premier lieu, la filiation, via la marque Arnold & Son, avec l’horloger anglais John Arnold (1736–1799) fait resurgir un temps de « Grands Anciens », le temps d’une horlogerie européenne stimulée, guidée sur la voie de la précision par les exigences nouvelles de la marine. Avec les grands voyages, celle-ci nécessitait désormais, sur les navires, la détermination précise de la longitude. Le gouvernement britannique – parmi d’autres –, offrit en 1714 une récompense de 20 000 livres à qui construirait une horloge de précision capable de résister aux rudes conditions de la navigation – cette solution ayant primé sur le recours aux astres. L’ébéniste John Harrison (1693–1776), horloger autodidacte, remporta ce concours, après cinq prototypes et bien des déboires administratifs – il ne reçut que le quart de la somme promise. John Arnold et son ami Abraham-Louis Breguet (1747–1823) – né à Neuchâtel mais ayant grandi à Paris et Versailles – ont oeuvré dans son sillage, tout en traçant bien d’autres routes. « Bien qu’ils travaillaient à la lumière du jour, ces maîtres donnaient vie à des chronomètres, montres et horloges dix fois plus précis que ce qu’exige aujourd’hui le Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres, le COSC ! »

 

DE L’ARTISANAT À L’INDUSTRIE

Impossible d’évoquer ici tous les liens horlogers qui se développèrent tous azimuts dans l’Europe d’alors, entre Angleterre, France, Pays-Bas, Allemagne, Suisse… Le Musée International d’Horlogerie de La Chaux-de-Fonds a célébré en novembre 2018 les liens horlogers passés et présents entre le Royaume-Uni et la Suisse, liens assez riches pour qu’on ait omis de rappeler que l’essor de l’horlogerie en terre jurassienne aurait eu pour origine un marchand de chevaux revenant d’Angleterre, et surtout sa montre acquise à Londres. Un forgeron des Montagnes neuchâteloises eut à la réparer et en profita pour reproduire son mécanisme, inspirant rapidement à d’autres Montagnons une activité qui les occuperait les longs mois d’hiver. Ce temps des « paysans-horlogers », quelque peu romancé, est devenu quasi mythique quand, au XIXe siècle, le gros bourg campagnard de La Chaux-de-Fonds, à mesure de migrations, a pris stature de ville, de part et d’autre de son avenue centrale interminable, et que l’horlogerie y est devenu industrielle. Un apport de talents organisateurs et de capitaux a permis que soit tissé, dynamisé un réseau dense qui associait des fabriques de plus en plus imposantes et des ateliers de sous-traitants spécialisés. Ateliers de toutes tailles, disséminés dans des immeubles d’habitation, le plus souvent dans les étages supérieurs, parfaitement exposés à la précieuse, nécessaire lumière du jour. Des commis couraient dans les rues en damier d’un atelier à l’autre et vers les grandes fabriques qui donnaient le tempo. C’est cet ensemble qui a valu à La Chaux-de-Fonds et à sa voisine du Locle leur classement en 2009 au Patrimoine mondial de l’UNESCO comme exemple rare d’urbanisme conformé par une activité économique. La Manufacture La Joux-Perret est un concentré de spécialisations qui étaient alors dispersées, et un rappel de ce mélange d’animation et d’ouvrage tranquille qui, aujourd’hui encore, mène de pièces très précisément conçues et usinées jusqu’à la montre achevée. « Nous sommes à même d’assurer à notre clientèle toutes les étapes, de la conception à la fabrication, du découpage des rouleaux de métaux à l’usinage des pièces – roues, axes, pignons et autres, dont certaines ont taille pratiquement de poussières – ainsi que leur finition, leur polissage haut-de-gamme et leurs ornements », soulignait encore l’ancien directeur.

 

ÉNERGIE BIEN RÉGLÉE

Là où la main, le pied, parfois l’eau ou l’animal actionnaient les outils, d’autres énergies désormais sont au coeur de la production horlogère. Pour la gestion de ses énergies, la Manufacture La Joux-Perret participe à l’AEnEC depuis 2012 par l’intermédiaire du modèle PME de l’Agence, qui lui permet de jouer sur ses spécificités. Avec des résultats remarquables sachant qu’une de ces spécificités est de se trouver dans la position d’une PME locataire. « Si le bâtiment présente une enveloppe dans les standards des années 60 – certes légèrement améliorée – la configuration des ateliers en unités concentriques s’avère thermiquement intéressante », indique Adrien Vestini, responsable de production de la Manufacture, avec la charge des énergies. Et d’insister : « En horlogerie, le chauffage est un point crucial pour conserver aux opérateurs, polisseurs, sertisseurs la dextérité nécessaire à l’établi ». Si le chauffage de la Manufacture reste pour l’heure d’origine fossile, un raccordement au chauffage à distance communal est envisageable dans l’avenir. À l’inverse, certains des locaux doivent être climatisés, et aussi, bien sûr, certaines machines nécessitent un refroidissement direct pour les tenir dans des écarts de température inférieurs à 2 ou 3 °C et assurer ainsi leur bon fonctionnement. « A 1000 m d’altitude, une bonne part de l’année, la fraîcheur est un produit naturel : notre installation de free-cooling sur le toit n’a qu’à se servir dans l’air ambiant », sourit Adrien Vestini. Les éclairages sont un autre poste techniquement exigeant, avec des spécificités propres à l’activité horlogère. « Notre Manufacture assure désormais la lumière blanche normée par des néons de nouvelle génération – on en compte 250, quasi totalité du parc a été remplacée – pour une consommation cinq fois plus faible qu’avec les sources précédentes ». S’agissant de la consommation électrique, l’éclairage et l’informatique n’en représentent toutefois que 20 %, contre 80 % pour le parc d’une cinquantaine de machines.

 

MÉTICULOSITÉ D’HORLOGER

Adrien Vestini a parcouru systématiquement la « ruche », atelier après atelier, passant d’une machine à l’autre avec un compteur mobile, mesurant la consommation des machines pour l’usinage, le décolletage, le lavage, jusqu’à celles dédiées aux opérations fines qu’exigent les finitions. Mesures, identification des pics de consommation, comparaisons avec la période de consommation minimale des vacances d’été équivalant à 1/3 de celle en période de production : autant de chiffres qui ont permis des actions efficaces. « Nous avons étagé les horaires de mise en route des équipements, réparti l’alimentation de ceux-ci judicieusement entre les trois phases de l’alimentation électrique – brièvement dit « équilibrage des phases » -, récupéré les courants induits par le fonctionnement de machines, choisi de nouveaux moteurs qui fonctionnent en courant continu. » Pour Adrien Vestini, « les changements d’équipements sont des opportunités. Nous suivons bien sûr les nouveautés en machines d’usinage. » Un équipement très intéressant est en développement à la Haute école Arc-ingénierie, entre Saint-Imier, Le Locle et Neuchâtel. Il affiche une consommation électrique très réduite et surtout les micro-variations dans sa consommation permettent de vérifier la bonne qualité de la pièce en cours d’usinage. Les « Grands Anciens » horlogers apprécieraient. Étape obligée de l’usinage, le lavage est un poste gourmand en énergie. « Certains bains exigent d’élever la température de 20 à 70 °C, nécessitant autant d’énergie que pour augmenter de 10 km/h la vitesse d’une locomotive » Et si par le passé on ne s’est guère préoccupé dans l’industrie de ce qu’une bonne part de cette énergie se dissipait alentours, la prise de conscience actuelle mène à isoler soigneusement, sous carénage, ce type d’équipement. Pour terminer, un classique de l’amélioration énergétique : l’action sur le circuit d’air comprimé qui parcourt l’usine, avec récupération de chaleur sur les compresseurs, ce qui permet de chauffer l’eau sanitaire. « Le nombre de nos compresseurs a été réduit de 3 à 2 avec le remplacement de deux petits par un plus grand, ce qui simplifie notre gestion et l’optimisation du circuit. Quant à traquer et « tuer » les fuites d’air partout où c’est possible, certes oui, mais là encore il y a une spécificité, fait remarquer Adrien Vestini : certaines machines nécessitent en effet de disperser continuellement de l’air pour remplir leur fonction. »

Restez informé.
Suivez-nous!