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Énergie grise et dimensions cachées

Charles Weinmann a été le premier responsable de l'AEnEC pour la Suisse romande, à la création de celle-ci en 2001. Rencontre estivale sur fond d'alpes, le décor idéal pour des propos empreints de recul, de largeur de vue et de perspectives.

Charles Weinmann est un homme de convictions qu’il continue, à 78 ans, d’afficher haut et clair. Il a fondé et dirigé un important bureau d’ingénieurs conseil en terre vaudoise – « J’en ai remis la direction… mais j’y travaille toujours un peu », sourit-il. En 1990, il a été embarqué à la tête du secteur « Arts et métiers » du programme Énergie 2000 initié par Adolf Ogi. Cet engagement l’a mené, après la fin du programme, à devenir en 2001 le premier responsable de l’AEnEC pour la Suisse romande. Il a cédé son siège à Martin Kernen en 2013.

Au sein de la direction collégiale de l’Agence, Charles Weinmann s’est consacré surtout aux relations avec les PME. « Le cercle des entreprises participantes s’élargissait rapidement, se rappelle-t-il. Hôteliers, fromagers, boulangers, maraîchers-serristes nous rejoignaient, soucieux d’être accompagnés pour améliorer leur efficacité énergétique et bénéficier du remboursement de la taxe CO2 fraîchement introduite. Et, dans une certaine mesure, accueillie aussi avec un peu de fraîcheur, mais les réticences se sont vite effacées devant les économies réalisées ».

Le CO2 et les kWh étaient alors les priorités, mais avec la Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA), Charles Weinmann discutait plus largement : « Au-delà des énergies fossiles, nous parlions approvisionnement électrique, énergie grise, ressources en général, en liaison avec les commissions de la SIA fixant les normes sur les installations et l’énergie ». Toutefois, regrette-t-il, « trop avant-gardistes, nous n’avons été que peu soutenus à l’époque». Regrets pour le temps perdu, mais ces réflexions sont désormais un enjeu collectif omniprésent, et Charles Weinmann les poursuit avec d’autant plus d’engagement, avec la SIA toujours, et aussi le « Verein Deutsche Ingenieure (VDI) », à côté d’interventions énergiques dans de multiples cercles. Un éclat de rire : « Il est encore là, ce vieux schnock ? Ai-je entendu lors d’un débat musclé où je voulais convaincre qu’un certificat énergétique des bâtiments manquait sa cible en négligeant de considérer intégralement l’énergie grise, la pondération effective des agents énergétiques et des unités de charge écologique. »

Il nous faut une vision claire de l’avenir que nous souhaitons, car celle-ci influencera forcément le présent.

Charles Weinmann, le premier responsable de l’AEnEC pour la Suisse romande

« Énergie grise », l’expression revient chez Charles Weinmann comme l’une de ces « dimensions cachées » d’une physique qui lui est chère, celle du Français Jean Charon – dit en passant, l’ingénieur retraité incarne une autre « énergie grise » très directement sensible ! Jean Charon ? « Il s’est interrogé au-delà de notre matérialisme à quatre dimensions, théorisant sur des dimensions où se déploieraient l’esprit, la pensée, la mémoire ». Les convictions de Charles Weinmann sont à cette image : « Dans les crises d’aujourd’hui, nous ferons fausse route partout où nous ne resituerons pas nos solutions matérialistes dans ces dimensions invisibles, intangibles mais néanmoins agissantes : les relations entre les choses, les évènements, les idées, les mentalités. Tous les problèmes écologiques – ressources, énergie, pollution, climat, biodiversité, habitats, aménagement des territoires, santé publique – sont non seulement étroitement reliés, mais ils sont lestés de dogmatismes, d’intérêts contradictoires, de jeux d’ego ou encore d’émotions. » Cette réalité qu’on ne voit qu’avec l’intellect est certes bien connue, discutée, étudiée par la systémique, mais au final, « très pratiquement, aborde-t-on systémiquement les problèmes dans toutes leurs ramifications, les plus évidentes comme les plus diffuses, matérielles et non matérielles ? Et aussi avec toute la collégialité qui s’impose ? » s’interroge Charles Weinmann. « J’ai vu et vois encore trop de cloisonnements entre des instances qui n’échangent guère, et des coordinations obstinément autoritaires. Et aussi : forme-t-on avec des vues assez larges les techniciens qui doivent assurer la transition énergétique ? En l’état actuel, je prétends que non. »

Parmi les mots-clés chers à Charles Weinmann, celui d’esprit est la conclusion naturelle à cette rencontre. « Les seuls aspects techniques et le marketing ne suffisent pas. Le matériel, nous l’avons suffisamment développé, privilégié, c’est sur le terrain de l’état d’esprit que se jouera l’avenir. Les opinions, les mentalités qui se confrontent, s’affrontent sont une composante déterminante dans la mise en oeuvre des solutions et de leur succès. Surtout, et j’insiste : il nous faut une vision claire de l’avenir que nous souhaitons, car cette vision exercera forcément une influence sur le présent ».

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