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Efficacité énergétique : du global au local

Le 15e forum romand de l’Agence de l’énergie pour l’économie (AEnEC) a rassemblé près de 120 participants ce jeudi 17 novembre à Neuchâtel, dans le cadre élégant de l'Hôtel DuPeyrou. Représentants d'entreprises, d'administrations ou de services, ingénieurs et techniciens ont une fois encore saisi l'opportunité conviviale de ce forum annuel pour s'informer et échanger autour de l'efficacité énergétique et de la durabilité, évoquées à plusieurs niveaux, du politique à la mise en pratique.

« Du global au local » selon l’intitulé du forum. Pour sa quinzième édition, tenue ce jeudi 17 novembre, le Forum romand de l’AEnEC avait choisi Neuchâtel, et ce n’était pas par hasard ! « Le canton de Neuchâtel non seulement est un haut lieu de l’innovation s’agissant des technologies solaires, il a été aussi parmi les tout premiers cantons à introduire dans sa législation un article sur les grands consommateurs, c’était en 2002 », comme l’a rappelé le Conseiller d’État Laurent Favre dans son mot de bienvenue. Il s’est ensuivi en 2005 un arrêté fixant l’objectif d’évolution de l’efficacité énergétique cantonale à 117 % sur 10 ans, puis en janvier 2006 la signature de la première convention d’objectifs. Cet automne, le Conseil d’État neuchâtelois a pu annoncer une nouvelle période d’action de dix ans, laquelle débutera en janvier 2017 avec des bases légales revues. Elle permettra aux grands consommateurs d’énergie de poursuivre leur démarche à l’échéance de leur engagement tout en intégrant de nouvelles entreprises. Neuchâtel, a précisé Laurent Favre, compte plus de 160 entreprises réparties sur plus de 180 sites, dont 98 % sont des grands consommateurs, avec une part de 40 % à la consommation cantonale. La moitié ont signé des conventions auprès de l’AEnEC, l’autre moitié auprès du canton. Laurent Favre s’est plu à souligner les acquis de la première décennie d’action : « Les engagements pris ont permis d’économiser en énergie électrique 70 millions de kWh/an soit la consommation actuelle de 21 000 ménages, et en énergie thermique, 97 millions de kWh/an, l’équivalent de 9,7 millions de litres de mazout, ce qui correspond aux besoins de chauffage et d’eau chaude sanitaire de 20 000 nouveaux appartements ».

 

Hors de question de relâcher les efforts

Armin Eberle, directeur de l’AEnEC, avait toutefois insisté en préambule : « Si l’industrie a fait beaucoup déjà pour atteindre les objectifs fixés par les conventions, il est hors de question de relâcher les efforts : les cadres législatifs continuent d’évoluer ! » En particulier la consultation en vue de la révision de la loi sur le CO2 est sur le point de s’achever.  C’est à Andrea Burkhardt, chef de la division « Climat » de l’Office fédéral de l’Environnement (OFEV) qu’il est revenu de détailler les perspectives politiques au niveau fédéral, en replaçant les nouvelles mesures envisagées par la Confédération dans le contexte des engagements pris au niveau mondial lors de la COP21 à Paris, il y a presque un an.

 

L’énergie, de la technique… et de l’humain !

Daniel Bloch, directeur de la Chocolaterie Camille Bloch SA, à Courtelary, venu en voisin du Jura bernois, a livré pour sa part un point de vue à un niveau plus local, fondamental, celui de l’entreprise. Il a évoqué de manière très imagée comment celle-ci peut, par des engagements forts de durabilité relativement à son fonctionnement, sa production et sa croissance, répondre non seulement aux attentes politiques, mais également motiver son personnel et sa clientèle.

L’entreprise a une responsabilité sociale qu’elle doit assumer, et peut assumer… pour autant que tous ses rouages permettent un engagement sans frictions, sans hésitations. En contrepoint à Daniel Bloch, le Dr Jean-Philippe Fouquet, sociologue du travail à l’Université de Tours, a commenté les blocages qui peuvent survenir au sein d’une entreprise autour d’enjeux énergétiques : la performance technique implique forcément des aspects humains, simples ou complexes, qu’il faut prendre en compte sous peine d’échouer à la mettre en oeuvre.

 

Les traditionnels ateliers, une mine pratique !

La performance technique précisément a été le coeur de la seconde partie de journée, traditionnelle d’un forum de l’AEnEC : ses ateliers ! Deux ateliers ont livré des enseignements pratiques précieux sur l’essor de solutions techniques – solaire photovoltaïque et moteurs – dont les performances et les coûts évoluent sans cesse. Un autre atelier a détaillé une procédure d’analyse (Pinch, ou pincement) dont l’acuité permet des gains d’efficacité et des économies qui peuvent s’avérer spectaculaires. Enfin, un quatrième atelier a été consacré au nouveau programme de soutien aux économies d’électricité Efficience+, programme spécialement dédié aux clients de l’AEnEC.

 

Une conclusion en (très) haute altitude

Et pas de forum AEnEC sans un grand moment final d’évasion. La journée s’est conclue avec une vision globale au sens le plus concret du terme. Initiateur d’un premier tour du monde en bateau solaire avec son monumental « PlanetSolar » – 60 000 km parcourus entre 2010 et 2012 -, Raphaël Domjan est venu évoquer par l’image et l’humour son nouveau projet, un voyage vertical cette fois, tout aussi solaire. Avec « SolarStratos », un avion solaire, il s’agira de gagner en 2h30 la stratosphère jusqu’à la frontière de l’espace, à 25 000 mètres d’altitude. « Comme avec PlanetSolar, c’est une promotion de l’énergie solaire et des cleantech helvétiques, tout en stimulant un développement technologique », a expliqué Raphaël Domjan – en l’occurrence développement de cellules solaires avec dispositif d’optimisation nanotechnologique (au Centre suisse d’électronique et de microtechnique, CSEM, Neuchâtel), ainsi que de batteries allégées – avec celles concoctées pour SolarStratos, PlanetSolar pèserait 10 tonnes de moins ! Relevons que PlanetSolar a eu une autre retombée notable, en terme d’efficacité énergétique : « le logiciel développé pour optimiser son routage est désormais utilisé sur des bateaux conventionnels, permettant notamment d’économiser de grosses quantités de carburant sur les traversées océaniques de porte-conteneurs »… SolarStratos – non totalement terminé – sera présenté à la presse le 7 décembre, et les premiers vols d’essai sont prévus en février 2017 à la base aérienne de Payerne.

En conclusion à sa présentation, Raphaël Domjan s’est affiché en optimiste, soulignant que les grands projets sont là pour nous aider à traverser positivement des circonstances écologiques et économiques actuellement difficiles. Un point de vue que l’AEnEC et ses participants ne peuvent que partager, avec ce grand projet commun d’une consommation d’énergie et d’émissions de CO2 allant sans cesse décroissant…

Un 15e forum énergétiquement neutre

Grâce au nouveau marché de l’efficacité qui permet aux entreprises participantes de l’AEnEC de vendre leurs économies d’énergie allant au-delà des objectifs convenus, il est possible à une manifestation – ou au fabricant d’un produit – d’acheter une certification de bilan énergétique neutre. Très naturellement, le forum de l’AEnEC souscrit à cette initiative ! Cette année, c’est aux économies d’énergie de l’entreprise Lehner Versand AG, participant au modèle PME de l’AEnEC, que son forum doit d’être énergétiquement neutre.

Une pensée pour Rousseau

Le lieu choisi pour le 15e Forum romand de l’AEnEC, l’hôtel DuPeyrou à Neuchâtel, mérite qu’on souligne un petit morceau d’histoire. Pierre-Alexandre DuPeyrou (1729-1794) fut un intime de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) lors des trois années que le philosophe passa en terre neuchâteloise, avant qu’il ne doive quitter précipitamment la Principauté de Neuchâtel après s’être attiré les foudres de ses pasteurs ! DuPeyrou n’oubliera pas sa promesse de produire la première édition des œuvres complètes de Rousseau : elle fut posthume, à partir des nombreux papiers que Rousseau avait abandonné à Neuchâtel dans l’urgence de sa fuite. S’il avait pu demeurer à Neuchâtel, Rousseau aurait habité, selon le vœu de DuPeyrou, ce palais qu’il achevait au bord du lac – le niveau de celui-ci était alors plus haut de trois mètres ! Rousseau en fuite n’y vécut donc pas. Mais peut-être cet amoureux de la nature et ennemi du progrès sera-t-il revenu hanter discrètement les lieux et le forum de l’AEnEC, deux siècles et demi plus tard, et aura-t-il apprécié le dialogue entre progrès et préoccupations environnementales ?