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20181106094644 Jacqueline Jakob Freigestellt

Des regards interrogatifs sur la transition énergétique

Le Pr Daniel Favrat, de l'EPFL, et Pierre Veya, rédacteur en chef du quotidien Le Temps : deux orateurs pour un bilan peu réjouissant, à l'heure actuelle, de la transition énergétique. Des études et réflexions excellentes, mais une mise en œuvre lente, timide, inappropriée, contradictoire, etc.

Si dans leurs présentations successives, le Pr Daniel Favrat et Pierre Veya ont dressé un portrait préoccupant de la transition énergétique, Armin Eberle, directeur de l’AEnEC n’en affichait pas moins un certain optimisme. En effet, il a été rappelé notamment au cours de ces exposés, graphiques à l’appui, que le meilleur gisement d’énergie propre, renouvelable, en même temps garant d’économies d’énergie – et donc d’argent – ainsi que d’une réduction des émissions de CO2, reste l’efficience énergétique ! Ainsi, les conventions d’objectifs de l’AEnEC sont, dans un contexte d’hésitations et d’atermoiements, une voie résolue dans le bon sens. « Et sans regrets ! » commentait Armin Eberle, puisque ces conventions d’objectifs s’appuient par principe sur des mesures rentables.

 

Le secteur énergétique durablement avare d’investissements

En contraste, les observations livrées tant par Daniel Favrat que Pierre Veya peinent à dessiner une direction aussi claire vers une nouvelle donne énergétique. Tant la croissance démographique que la révolution industrielle dont elle est issue ont entraîné un accroissement continuel de la consommation d’énergie et des rejets de gaz carbonique. « Nous avons franchi cette année pour la proportion de CO2 dans l’atmosphère le cap des 400 parties par million. Il faudra un sacré effort pour ne pas atteindre les 450 p.p.m. fixés comme limite par les inquiétudes internationales », a martelé le Pr Favrat, en soulignant cette incohérence : « L’énergie représente le plus grand secteur dans l’économie mondiale, mais on y a peu investi en proportion dans les 30 dernières années, à la différence des télécommunications. Cette négligence a été bien favorisée par des prix bas de l’énergie et des matières ». Conséquence : des équipements performants que l’on avait développés – compresseurs, pompes à chaleur par exemple… – ont disparu du marché parce qu’il y avait des solutions moins coûteuses et ils sont donc à réinventer, regrette le Pr Favrat. Pierre Veya constate en écho que des savoir-faire dans le domaine de l’efficacité énergétique des bâtiments lui semblent s’être perdus. Constats étonnants qui montrent combien nous nous sommes assoupis !

 

Quelle priorité à notre réveil énergétique ? Se connaître !

Daniel Favrat a insisté sur un précepte d’antique sagesse: connais-toi toi-même ! Nous avons les moyens de meilleures analyses avec bien davantage de paramètres, pour connaître ce qu’il en est aujourd’hui de nos besoins et de nos ressources afin de concrétiser la transition énergétique. Nous constatons le poids des transports et du chauffage, les fluctuations saisonnières dans notre utilisation de l’énergie – la Suisse consomme plus qu’elle produit en hiver – ou dans nos émissions de CO2, ou encore cette dominance de l’efficacité énergétique parmi tous les gisements d’énergie renouvelable. Ainsi que les perspectives encore en sommeil : nous ne sommes pas encore assez efficaces à convertir le bois et d’autres combustibles en énergie, pas encore assez engagés à innover ou faire aboutir les nouvelles technologies actuellement dans le « pipeline » telles que les piles à combustible dont il faut abaisser le coût et allonger la durée de vie. Pas assez engagés aussi sur la voie du stockage saisonnier sous forme de carburants synthétiques, « comme le paysan faisait son fromage », sourit Daniel Favrat.
Des connaissances qui ne sont rien sans la volonté d’en retirer les enseignements et de les mettre en pratique. Pierre Veya s’est ainsi adressé au secteur économique, « qui doit admettre une fois pour toute qu’il faut « décarboner » la société et qu’il faut donc une transition énergétique ». Aux politiques, Pierre Veya demande les bonnes incitations, équitables, plutôt que des impôts nouveaux, le courage de parler vrai, un travail approfondi d’information auprès des entreprises et des citoyens consommateurs à responsabiliser… Un propos familier en tous les cas à l’AEnEC, et à ses plus de 2500 entreprises participantes.

 

En un clin d’œil

Daniel Favrat

Directeur du Laboratoire d’énergétique industrielle à l’EPFL depuis 1988, le Pr Daniel Favrat est également, depuis 2007, à la tête de l’Institut de Génie Mécanique.Ses recherches portent sur les analyses systémiques prenant en compte l’énergétique, l’environnement et l’économie (optimisation environomique), et les systèmes avancés pour une utilisation plus rationnelle de l’énergie (pompes à chaleur, moteurs, piles à combustible, turbomachines etc.)Il est membre de l’Académie Suisse des Sciences Techniques, vice-président du comité énergie de la Fédération Mondiale des Organisations d’Ingénieurs et éditeur associé du journal « Energy ». Il a publié deux livres, sur la thermodynamique et l’énergétique (aux Presses Polytechniques Universitaires Romandes).

Pierre Veya

Aujourd’hui rédacteur en chef du Temps, à Genève, Pierre Veya a débuté sa carrière de journaliste à L’Impartial avant de passer en 1989 à l’Hebdo dont il dirigera la rubrique économique pendant six ans. En 1997, il devient rédacteur en chef adjoint du quotidien économique L’Agefi, puis rédacteur en chef de 2001 à 2004. C’est en 2005 qu’il entre au Temps comme rédacteur en chef adjoint, devenant en 2010 rédacteur en chef.En 2006, pour une série d’articles sur le développement durable dans le domaine énergétique paru dans le Temps, Pierre Veya a reçu le « Prix Alstom », qui distingue des travaux rédactionnels d’exception sur les thèmes de l’énergie et des transports.